Troadec démission ?

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Christian Troadec,le 8 mars 2014 à Morlaix , afp.com/Fred Tanneau

La chose est assez rare pour qu’on en fasse mention : Le Télégramme, pourtant d’ordinaire si favorable aux défenseurs de la « cause bretonne », brise soudain le silence sur ce qu’il appelle l’ « orgie » organisée par le maire de Carhaix, Christian Troadec – une « orgie » qui a provoqué les protestations des participants et d’un élu communiste, lequel, rompant l’omerta, a décidé d’alerter la presse. La chose aurait dû normalement s’enliser dans le silence ou se conclure par la publication de quelques lignes confuses, mais, chose incroyable, il s’est trouvé un journaliste pour avoir l’audace de mener enquête. Et son article est assez accablant pour avoir suscité l’appel à démission de conseillers régionaux collègues de Christian Troadec (puisque cet autonomiste a été élu au conseil régional – faute de pouvoir se faire élire à la présidence de la République comme il le souhaitait naguère). D’après ce même journaliste, l’association anticorruption AC !! a déposé plainte contre X pour « prise illégale d’intérêt » et « détournement de biens publics ». 

Christian Troadec, quant à lui, s’estime victime d’une campagne de calomnies et annonce son intention de déposer plainte : c’est pour porter atteinte à son honneur et sa considération que des personnes présentes ont allégué que, le 10 décembre, en raison de la crise sanitaire, l’habituel repas de Noël destiné aux membres du personnel avait été remplacé par une distribution de plateaux-repas cependant que, lui-même, derrière le rideau de la salle, rassemblait une vingtaine d’invités pour profiter d’agapes qui auraient duré jusqu’à six heures du matin… Ces malveillants vont jusqu’à évoquer l’absence de gestes barrière, l’alcool coulant à flots (« du blanc, du rouge, du champagne »), l’employée municipale blessée lors d’une altercation, l’état des toilettes appelant l’intervention d’un agent de nettoyage. Ce ne sont là d’après lui que « ragots et basses attaques politiciennes » : en effet, peut-on porter le masque quand on boit, peut-on empêcher les employés de tomber et les toilettes de se salir ? Au demeurant, comme le rapporte Ouest-France, il conclut par un argument-choc (quoique formulé dans un français approximatif) : « Le coût global du repas n’est ni plus, ni moins que les autres années. »

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Ce disant, il apporte de l’eau au moulin d’un agent municipal qui (sans oser dire son nom) déclare que « le problème est récurrent. Ces soirées très alcoolisées, notamment à l’issue de conseils municipaux, se répètent depuis des années ». Ainsi à Carhaix, après des années de silence indigné, peut-on soudain oser dire (sous couvert d’anonymat) que l’on est choqué « par les moyens financiers engagés par ces soirées alors qu’on nous demande à nous des efforts et de justifier la moindre petite dépense. Et il s’agit d’argent public. » 

Christian Troadec a bien raison de rappeler qu’il en est à son quatrième mandat : si les Carhaisiens votent pour lui, n’est-ce pas parce qu’ils veulent encourager les activités festives ? D’ailleurs, le Festival des Vieilles Charrues qu’il a fondé ne s’apparente-t-il pas à une vaste orgie ? Et que n’a-t-il fait pour la promotion de la bière bretonne sous le label Coreff ? S’il est actuellement vice-président du Conseil régional de Bretagne en charge des langues de Bretagne et des Bretons du Monde, c’est bien qu’il offre l’image du Breton festif que l’on s’emploie partout à promouvoir comme il l’a fait lui-même. Tout au plus pourrait-on lui reprocher le choix de ses boissons – au lieu de cidre, de chouchenn, de lambig et de coreff, « du blanc, du rouge, du champagne »: déplorable label jacobin aux yeux des Bretons du Monde ! Mais allons donc, si le homard de Rugy l’a trahi, le champagne de Troadec aura vite fait pschitt.

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Le président du Conseil régional ne souhaite pas s’exprimer à ce sujet : d’ailleurs, pourquoi l’élu en charge des langues de Bretagne et des Bretons du Monde démissionnerait-il dès lors que, toute toute honte bue, il poursuit vaillamment son combat sans craindre pour sa santé ? Et qu’est-ce que le coût d’une petite sauterie en regard des onze milliards d’euros qu’a coûté la bataille des Bonnets rouges dont il avait pris la tête, des millions qu’a coûté l’usine Synutra de production de lait pour la Chine ? D’ailleurs, le site breizh.info lui apporte un soutien résolu : « Puritanisme, folie sanitaire, calomnies, comportements douteux », tout n’est que prétexte à nuire au pauvre maire breton… Breizh.info est un site nationaliste d’extrême droite ? Mais il a pris le nom du journal nationaliste dit d’extrême gauche créé à Carhaix sous la direction des terroristes Martial Ménard et Charlie Grall avec le soutien de Christian Troadec. D’un bord à l’autre, on peut se tenir les coudes… et les lever ! Bevet Breizh !  

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