Le « Bro Goz »

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L’hymne national breton dit « Bro goz ma zadou » (en orthographe surunifiée « Bro gozh ma zadoù ») a été rédigé en 1897 par le druide Taldir (: Front d’Acier — mais de son vrai nom François Jaffrenou) à partir d’une chanson d’un pasteur gallois, le révérend Jenkin Jones. 

Il s’agit d’un pur plagiat. Voici en effet les paroles de la chanson devenue hymne gallois : 

Pays de mes Pères

La terre de mes ancêtres m’est chère ;
Pays ancien où les trouvères sont honorés et libres;
Les guerriers si nobles et sa vaillants
Donnent leur sang et leur vie pour la Liberté.

O mon foyer, je te suis fidèle,
Alors que les mers protègent la pureté de mon pays,
puisse être éternelle, ma langue ancienne.

Vieux pays de montagnes, l’Eden des bardes,
chaque gorge, chaque vallée conserve son charme;
Pour l’amour de mon pays, des voix clameront avec enchantement
Pour moi, ses torrents, ses rivières.

Bien que les ennemis aient foulé au pied ma patrie,
La langue de Cambrie ne connaît maintenant aucun repli;
La Muse n’est pas vaincue par la main cruelle des traîtres,
Ni réduite au silence, la harpe de mon pays.

(Traduction anonyme) 

Sans vouloir commenter ce texte, déjà bien consternant, on constatera qu’en s’appropriant le texte, Taldir en a rendu le refrain totalement stupide puisqu’il devient: 

« Tant que la mer sera comme un mur autour de lui,

Que mon pays soit indépendant ! » (traduction de Mordrel) 

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À la veille de la Seconde Guerre Mondiale, le journal nationaliste breton Breiz atao ouvrit un concours pour remplacer les paroles par trop indigentes et le breton par trop approximatif du texte de Taldir. Les commentaires produits à cette occasion, quoique émanant des milieux nationalistes, sont éclairants. Nous donnons cette démonstration en trois points. 

Nul lauréat ne s’étant trouvé, l’hymne est resté tel quel.

Collaborateur des nazis sous l’Occupation, Taldir Jaffrennou fut emprisonné à la Libération mais bénéficia du soutien des réseaux druidiques et panceltiques. 

Nous donnons ici les commentaires des nationalistes bretons sur ce qui devait devenir leur hymne avant de devenir officiellement celui de la Bretagne.

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              « TRISTE LITTÉRATURE

… Ce poème est l’une des plus tristes pièces du florilège breton. Il y a va de lui comme de certaines prières apprises dès l’enfance ; à force de la chanter, on ne prête plus attention au sens des paroles ni aux cacophonies des sons.  Mais […]  il nous est pénible, surtout en breton, de nous remplir la gorge de platitudes du genre de celles-là. Au reste, il suffit de donner la traduction littérale du « Bro Goz » pour en mieux juger.

                                    LE VIEUX PAYS DE MES PÈRES

            I.  Nous Bretons de cœur, aimons notre vrai pays, — Connue est l’Armor dans tout le monde à l’entour, — Sans peur au milieu de la guerre, nos pères si bons — Versèrent pour elle leur sang.

                                                REFRAIN

            O ! Bretagne ! mon pays ! J’aime mon pays ! — Tant que la mer sera comme un mur autour de lui, — Que mon pays soit indépendant !

            II. — Bretagne, terre des vieux saints, terre des bardes, — Il n’existe pas un autre pays que j’aime autant dans le monde, — Chaque montagne, chaque vallée sont chères à mon cœur, — Là dort plus d’un Breton intrépide.

            III. Les Bretons sont des gens durs et forts, — Il n’existe aucun peuple aussi brave sous le ciel, — Des ballades tristes, des chansons charmantes éclosent là, — ô comme est beau mon pays !

            IV. — Si la Bretagne a été vaincue dans les grandes guerres, — Sa langue est toujours aussi vivante que jamais — Son cœur vivace bat encore dans sa poitrine, — Tu es réveillée maintenant, ma Bretagne !

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            Ce poème est un exemple frappant de la fausse sentimentalité et de la niaiserie données comme cachets et signes distinctifs au mouvement breton d’avant-guerre par quelques piètres rimeurs, dont la production encombrante submergea les vraies belles œuvres et les travaux utiles.

            La Bretagne n’est pas connue dans le monde entier ; les Bretons ne sont — pour encore — un modèle de patriotisme (sans quoi les Français seraient dehors) ; nos pères ne se sont pas bien battus parce qu’ils étaient « bons » ; la mer n’est pas comme un mur autour de la Bretagne, qui elle, n’est plus ni la terre des saints ni celle des bardes ; les Bretons ne sont ni si durs ni si forts que ça, ils le seront, ce n’est pas pareil, et il est dangereux de les flatter à ce point alors qu’ils ont tant de progrès à faire ; les ballades n’éclosent plus guère, hélas, et notre littérature est à l’état d’embryon ; la langue bretonne n’est plus aussi vivante qu’autrefois, c’est un mensonge, elle est en péril de mort et tout ce poème n’est qu’un tissu de bluff et d’illusions à dissiper à tout prix. Il rassure et endort au lieu de réveiller.

            TRISTE LANGUE

            Au point de vue de la langue, il y aurait long à dire. La première strophe commence par un barbarisme Ni… karomp au lieu de Ni… a gar. La prosodie n’est guère meilleure, Kér y rime avec taer,  barzed avec béd et le refrain n’est qu’une cascade de « o ».

            Du point de vue chant, les erreurs se suivent à la heule. Prenez ces vers :

                        tra MA / VO’R mor / ‘VEL mur / ‘n HE zro.

            La première suspension est après ma, exactement comme en français si elle était après tant que. Et sur les 3 mots accentués qui suivent, deux (vel et n’he) sont des mots qui dans la langue parlée ne portent jamais l’accent oratoire (qui doit être affecté à mur et à zro).

           Dans la seconde strophe, nous tombons sur le douarar et le douararvar’ vrais croassements de corbeaux enrhumés, qui sont inégalés depuis 42 ans.

            Dans la troisième strophe, ce sont les particules verbales a, presque toujours élidées dans la conversation, qui portent l’accent (A zo, A ziwan).  Et, dans la dernière, la seconde syllabe de treC’HET est appuyée !

            Nous en passons et de bien bonnes… mais cette énumération suffit largement.

            Le « Bro Goz » fait passer notre langue pour un charabia et notre littérature pour un tissu de pauvretés.

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              CURIEUSE ORIGINE      

      On se demande d’ailleurs pourquoi, M. Jaffrenou tient tant à ce que ce morceau soit signé de son nom. Qu’a-t-il de lui ? Qu’a-t-il de breton ?

     Voici, pour ouvrir les yeux de nos lecteurs, la traduction de la première strophe et du refrain du « Hen Wlad fy Nhadau » gallois, qui l’a… inspiré :

            « I. Le vieux pays de mes pères m’est cher, — Le pays des bardes et des chanteurs de renom. — Ses mâles guerriers, si bons patriotes, — Pour sa liberté versèrent leur sang.

                        REFRAIN :

            Patrie ! Patrie ! Je suis attaché à ma patrie ! — Tant que la mer (formera) un mur autour du pur et cher pays, — Que ta vieille langue vive toujours ! »

   On voit sans peine comment le texte breton n’est qu’une gauche adaptation du texte gallois… sans oublier que la première adaptation en breton du « Hen Wlad » n’est pas de M. Jaffrenou, mais de l’ancien pasteur gallois de Quimper, le Rev. Jenkin Jones (voir  Telen ar C’hristen, tome I, in-12, Morlaix, 1895), dont il n’a eu qu’à s’inspirer en 1897. »

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Cette page est signée du pseudonyme Kadour (le Combattant), le courage des combattants nationalistes n’allant pas jusqu’à les amener à s’exprimer sans masque.

 

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Pour ceux qu’intéresserait la résistance opposée par les élus bretons à cette fabrication nationaliste par les nationalistes eux-mêmes jugée grotesque, on trouvera ici un article de synthèse.

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Bien que des milliers de feuilles volantes donnant les paroles de  l’hymne national soient distribuées avant les matches, les Bretons ne le chantent pas. FR3 Bretagne a donc lancé un grand concours en vue de les amener à en apprendre les paroles.

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Folklore risible ? Non, acte politique important — quand les Bretons chanteront leur hymne national dans une langue qui n’est pas le français, le monde entier verra qu’ils ne sont pas français.

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Il serait dommage d’ignorer un excellent article de synthèse sur le « Bro Goz» et le Grand Druide, son auteur.

On le trouvera ici en PDF

taldir