Monjarret en quelques dates

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1920 : naissance à Pabu (alors Côtes-du-Nord) de Paul Monjarret ; son père est ébéniste ; élevé dans une école chrétienne, il se destine à devenir tapissier.

1939 : en apprentissage à Rennes, il pratique le scoutisme.

1940 : carrière fulgurante, dès le début de l’Occupation, il est nommé assistant du directeur de l’École de formation des cadres au secrétariat de Jeunesse et sports, puis est détaché à la délégation de Bretagne du secrétariat de Jeunesse et Sports, organe pétainiste que l’autonomiste Yann Fouéré entendait contrôler (Henri Fréville, Archives secrètes de Bretagne, p. 315-25)..

Il rencontre Isidore, dit Dorig, Le Voyer (1914-1987), luthier autonomiste qui a introduit la cornemuse sous le nom de biniou braz et inventé le bagad comme transposition des pipe-bands écossais.

1942 : il quitte son poste à la Délégation de la Jeunesse car (écrira-t-il dans L’Heure bretonne, organe du PNB nazi, le 2 mai 1943) les organisations pétainistes de la Jeunesse sont indignes des « jeunesses organisées, donc fortes, de pays comme l’Allemagne, l’Italie, le Roumanie, la Finlande », autrement dit du nazisme et du fascisme par lui donnés pour modèles. Il adhère au PNB.

1943 : quelques jours après avoir publié son article programmatique dans L’Heure bretonne, il fonde Bodadeg Ar Sonerion (BAS) lors du congrès de l’Institut Celtique, organisme subventionné par les nazis (à sa tête se trouve Roparz Hemon, agent de la Gestapo SR 780). L’article 2 des statuts de BAS précise que l’on n’y admet que des Bretons de race ». Monjarret et son ami Jean Guiomard distribuent L’Heure bretonne au son du biniou, activité rémunérée par le PNB.

En août 1943, à la tête des Bagadou Stourm (rebaptisées Strolladou Stourm « pour faire SS », d’après Yann Goulet, leur chef) Monjarret et Le Voyer organisent un camp d’été en Gouézec. De violents affrontements ont lieu avec la population de Landivisiau, indignée de voir défiler ces nazillons en uniforme.

En novembre 1943, les Bagadou Stourm emmenées par Monjarret sont à nouveau signalées par un affrontement à Saint-Brieuc.

En décembre 1943, le militant nationaliste Célestin Lainé crée une unité bretonne sous uniforme SS dite Bezen Perrot. Jean Guiomard et son frère s’y enrôlent.

1944 : le 14 février, des résistants essaient d’arrêter Monjarret à Guingamp ; il se réfugie à Ploërmel chez Le Voyer, lequel avouera : « Lorsque je me présentais à la poste de Ploërmel, je demandais : “Priorité allemande” pour communiquer avec Rennes-Bretagne » (Rennes-Bretagne était la station de radio dirigée par Roparz Hemon).

Loin d’être clandestin car réfractaire au STO, comme il l’a allégué ensuite, il poursuit ses activités et organise les 3 et 4 juin avec l’appui du cercle celtique de Vannes (officine fréquentée par les membres les plus extrémistes du PNB) une « fête bretonne » autorisée par les Allemands, alors même que toute manifestation publique est interdite. Monjarret et Le Voyer président l’assemblée générale de BAS à l’Hôtel de Ville qui a lieu en présence de Fouéré (agent de la Gestapo SR 715).

Le 10 juillet, Monjarret et Le Voyer épousent deux sœurs, la troisième jetant son dévolu sur l’adjudant du Bezen Perrot Paul Perrin.

Le 12 juillet, Monjarret et Le Voyer arrangent leur arrestation « avec le SD de Saint-Brieuc pour échapper à la Résistance »  (Sébastien Carney, Breiz Atao, p. 531) et partent pour l’Autriche avec leurs épouses. Ils passent deux mois avec le Bezen Perrot et assistent au dernier discours de Célestin Lainé, promu lieutenant et appelant à l’enrôlement direct dans la Waffen SS.

1945 : à l’approche des alliés, Monjarret, Le Voyer et leurs épouses rentrent en France. Monjarret qui se sait recherché par la Résistance, se présente le 2 juin au commissariat de Saint-Brieuc et remet une longue déposition alléguant qu’il aurait été arrêté par la Gestapo et déporté en Allemagne. C’est ce qui lui permet d’être relaxé faute de preuves, les magistrats n’ayant pas mené d’enquête sur son itinéraire réel. Suite à une intervention de son père auprès du préfet (« Le préfet ne voulait pas me relâcher de peur qu’on me tue », a-t-il avoué dans une interview à ArMen), il est relâché et reprend aussitôt ses activités militantes, sous alibi culturel.

1946 : BAS est déclarée sous forme d’association loi de 1901. Les statuts précisent que seuls y sont admis les « Bretons de naissance ».

1949 : Monjarret crée à Carhaix un Festival interceltique.

1949 : BAS se dote d’une revue, Ar Soner, qui, dès son premier numéro, appelle les « six nations celtiques » dont la Bretagne à suivre le modèle de l’Irlande et acquérir leur indépendance. L’interceltisme est une façade de l’indépendantisme sur base ethniste, voire ouvertement raciste : Monjarret, qui écrit dans Ar Soner sous le pseudonyme de Polig Trevezel qu’il employait pour écrire dans L’Heure bretonne, explique en juillet 1950 que seul est Breton un enfant dans les veines duquel « coule le sang riche et ardent de la vieille race bretonne ». Il ne cesse de défendre la « race bretonne » et appeler au soulèvement de la Bretagne contre la France.

1953 : pour célébrer les dix ans de BAS, il crée à Brest le Festival international des cornemuses.

1956 : il prend la tête du MOB, le parti nationaliste breton créé par Fouéré avec d’autres autonomistes ou indépendantistes (dont Lemoine que l’on retrouvera au FLB, comme Fouéré lui-même, condamné pour attentats).

1971 : le Festival des cornemuses s’installe à Lorient.

1972 : le successeur de Monjarret, Jean-Pierre Pichard, décide d’innover. « Le festival a toujours été un outil politique », dit-il (interview du 8 août 2010). Il s’agit d’œuvrer avec les autres « nations celtes ».

1975 : Monjarret met en place les premiers jumelages Bretagne-Irlande.

1978 : Brittany Ferries ouvre une ligne vers l’Irlande. Les voyages de Monjarret sont payés par la compagnie. Les jumelages ont un but politique qui amènera certains élus bretons à s’indigner, découvrant que les Irlandais arborent le gwenn-ha-du et chantent le « Bro goz » comme drapeau et hymne de la nation bretonne appelant à se libérer du joug français (Erwan Chartier, L’Interceltisme, p. 400-2).

1988 : Monjarret est décoré du collier de l’Hermine décerné par l’Institut culturel de Bretagne dont les nationalistes ont pris le contrôle (ce qui amènera le conseil régional à réagir).

1993 : un lobby patronal se crée sous le nom d’Institut de Locarn. Le Festival interceltique de Lorient devient « une vitrine de premier choix » pour développer l’identitaire qui fait vendre sous label festif (le Festival interceltique est membre de Produit en Bretagne, association créée par l’Institut de Locarn).

2003 : son décès est l’occasion d’hommages qui occultent son passé, voire le font passer pour résistant et déporté.

2004 : une statue de Monjarret est érigée à Lorient.

2010 : une plaque est apposée à Quimper.

2011 : la municipalité EELV de Plescop annonce sa volonté de donner au nouveau collège le nom de Monjarret. Un essai intitulé Le cas Monjarret fait le point sur son itinéraire et ses prises de position politiques après-guerre. Douze associations protestent contre l’attribution à un collège du nom d’un collaborateur jamais repenti qui a mis la musique au service d’un combat politique et a su très habilement dissimuler son passé. Bien que la mairie ait mandaté des historiens autonomistes pour le blanchir, le conseil général s’oppose à l’attribution de son nom au collège.

2014 : proposé pour une nouvelle rue de Guingamp, le nom de Monjarret est repoussé, à la suite d’un vote, par le conseil municipal.

2016 : des militants bretons mènent campagne pour que son nom soit malgré tout attribué à une rue de Guingamp.

© Françoise Morvan