Brève histoire du GRIB

Tout a commencé en 1998 lorsque le MRAP-Ille-et-Vilaine, saisi par Françoise Morvan, a protesté contre l’hommage rendu à Roparz Hemon par l’Institut culturel de Bretagne : le parcours collaborationniste de Hemon, ses textes antisémites étaient passés sous silence, puis niés, l’UDB, parti autonomiste dit « de gauche », montant au créneau pour assurer la défense de Roparz Hemon (notamment par la voix de son porte-parole, Christian Guyonvarc’h, qui devait ensuite devenir vice-président du conseil régional de Bretagne).

Peu après, la thèse de Ronan Calvez (publiée aux Presses universitaires de Rennes sous le titre La Radio en langue bretonne) démontrant les responsabilités de Roparz Hemon amenait le conseil général du Finistère à demander à Diwan de débaptiser son collège Roparz Hemon, ce qui pouvait passer alors pour une avancée vers une prise de conscience collective des problèmes posés. Mais cette opération visait-elle autre chose qu’à donner une façade honorable à Diwan  au moment où Jack Lang, ministre de l’Education nationale, proposait d’intégrer Diwan ?

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Cette intégration avait été décidée sans que les questions essentielles aient jamais été posées : comment expliquer que pendant des années la direction de Diwan ait défendu Roparz Hemon, que les parents n’aient pas protesté, que les inspecteurs ne se soient soucié de rien, que Diwan ait refusé de débaptiser l’école Loeiz Herrieu de Lorient (inaugurée en 1993 par le socialiste Jean-Yves Le Drian) alors qu’il est prouvé que Herrieu était, comme Hemon, un militant nationaliste engagé aux côtés des nazis ?

 Comment expliquer la durable occultation du passé de ces militants et le rôle joué par l’Institut culturel de Bretagne à qui l’on s’apprêtait alors à confier la charge de la Maison de l’Histoire ?

Au cours des années suivantes, la section de Rennes de la Ligue des Droits de l’Homme menait un travail collectif qui aboutissait à un dossier intitulé « Réécriture de l’histoire en Bretagne ».

On aurait pu croire que ce dossier, largement étayé par des documents, alerterait les pouvoirs publics.

Soumis à l’historien Michel Denis, ancien président de l’université de Rennes, et longtemps directeur du département d’Histoire, il devait valoir à la section des éloges pour la qualité de la recherche historique, et des qualificatifs peu amènes car, selon cet historien, les faits établis ne devaient pas être divulgués.

Tiré à une centaine d’exemplaires, ce mince dossier allait pourtant contribuer (avec un courageux article de Serge Garde consacré aux mêmes problèmes dans le journal « L’Humanité »,

et quelques autres articles basés sur les informations données par Françoise Morvan, notamment un article d’Éric Conan dans « L’Express ») à provoquer, du 15 au 17 novembre 2001, un colloque international au Centre de Recherche Bretonne et Celtique de Brest. Financé sur fonds publics, et largement relayé par les média régionaux et nationaux, ce colloque dont les actes furent publiés avec une rare célérité (Bretagne et identités régionales pendant la Seconde guerre mondiale, CRBC, mai 2002), visait à court-circuiter un débat qui, malgré tout, commençait à se faire jour.

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L’introduction du colloque le précisait : il s’agissait pour les historiens « d’utiliser leurs armes, c’est-à-dire les armes du savoir » pour en finir avec une polémique nourrie par ce que le mouvement breton qualifiait de « complot jacobin » dû à la presse « parisienne ». L’article central, consacré au sujet qui fâchait, à savoir « Le mouvement breton pendant la guerre », opportunément confié à l’autonomiste Michel Denis, se terminait par une violente mise en garde. Après avoir précisé qu’il n’y avait aucun intérêt à revenir sur l’histoire du mouvement breton pendant la guerre puisque tout était su, il concluait  : « Il n’y a que les maniaques de la délation qui puissent prendre plaisir à noircir encore le tableau, notamment au détriment des subalternes et en éclaboussant leurs enfants »  et d’ajouter en note : « À moins de considérer comme le sinistre Jdanov que toute œuvre est seulement le reflet de la position politique du créateur, il est absurde de traiter de fasciste la production des Seiz Breur ou l’ensemble des écrits de Youenn Drezen. Le respect de la vérité historique exige aussi que cela soit connu. » 

 Le « respect de la vérité historique », de la part de quelqu’un qui avait organisé l’exposition sur les Seiz Breur à laquelle Jean-Marc Huitorel et Françoise Morvan avaient consacré des articles rétablissant au moins une partie de la vérité passée sous silence…

 Le « respect de la vérité  historique » de la part d’un historien qui avait pu lire les textes racistes de Drezen traduits et analysés par Françoise Morvan mais s’abritait derrière le fait que « l’ensemble des écrits de Drezen »  n’était pas fasciste…

Désormais, il était clair que la version officielle de l’histoire était devenue celle du mouvement autonomiste.

Appuyé par le vice-président du conseil régional, Jean-Yves Cozan, ferme appui de la droite ultralibérale et grand défenseur de « l’identité bretonne  » (la commission culture du conseil régional était sous sa présidence devenue commission à l’identité bretonne), le colloque avait trouvé l’appui du conseil général du Finistère (socialiste) et de la communauté urbaine de Brest.

Gauche et droite unie, la classe politique en Bretagne soutenait donc une version de l’histoire destinée à mettre en place un projet politique appuyé par le conseil de l’Europe.

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Le GRIB a alors décidé de réagir en mettant en ligne les articles qui avaient été produits en diverses occasions.

La parution de l’essai de Françoise Morvan, Le Monde comme si, a contribué à révéler de manière encore plus criante le verrouillage de l’information et la « dérive identitaire » qu’elle dénonce dans cet essai.

Loin de s’améliorer avec le passage du conseil régional sous la présidence du socialiste Jean-Yves Le Drian, la situation s’est considérablement aggravée, les autonomistes ayant fait leur entrée au conseil régional.

Une date majeure est à noter : le 10 septembre 2004, Jean-Yves Le Drian célèbre à Locarn les dix ans de l’Institut. La dérive identitaire induite par ce lobby patronal ultralibéral visant à faire de la Bretagne une région autonome en vue de se défaire de la tutelle de la France est désormais assumée par la gauche en Bretagne.

S’il était de peu d’utilité de s’opposer à un lobby si puissant, il était en revanche indispensable de protester contre l’instrumentalisation de la Bretagne à des fins politiques, la réécriture de l’histoire, le racisme promu par des groupes nationalistes d’extrême droite, la mainmise des autonomistes sur la culture, la propagande identitaire de plus en plus envahissante et la censure de toute voix dissidente.

Dans cette perspective, le GRIB  a produit un grand nombre de textes, librement mis à la disposition de ceux qui pouvaient souhaiter disposer d’informations fiables non disponibles ailleurs.